C’est dans la nuit de
vendredi à samedi à 1h00 que Markus, Manue, Jan et Vincent franchissent la
ligne d’arrivée sur leurs kayaks dans le port de Fréjus. Malgré l’heure tardive
ils ont été accueillis chaleureusement par quelques passants curieux, par l’équipe
Quechua vainqueur restée attendre, par des amis, de la famille, par Pascal et
ses membres du staff ainsi que par leurs
fidèles assistants Manuella et Alex.
Accolades, champagne et sourires sont partagés, les premiers souvenirs
ressurgissent dans le désordre. Une semaine de folie dans l’aventure Raid in
France !! Leurs impressions …
« La difficulté du
parcours s’annonçait déjà sur le papier avec 510km, 17000m de dénivelée
positive et seulement 2 points d’assistance. Mais nous avons constaté d’heure
en heure l’exigence du parcours au niveau technique et physique. Nous sommes
rentrés dans le vif du sujet dès la première étape : 42km de trek, 4000m de
dénivelée positive dans le massif des Ecrins avec un sac de 12 à 15kg en
affrontant la neige et la grêle au passage des 3 cols situés autour de 2800m
d’altitude. Sur l’ensemble du parcours, l’orientation a une fois de plus été
déterminante. A ce jeu Jan et Vincent on fait parler toute leur compétence et
leur expérience notamment sur le long trek où nous avons pu revenir à 15
minutes de Quechua. Nous sommes passés de jour, ceci nous a permis d’être très
rapides. Nous ne pouvions nous empêcher de penser aux équipes qui allaient
passer une nuit laborieuse dans ce chaos de relief où les sentent se perdent.
Nous avons pu rester au
contact avec l’équipe de tête jusqu’en milieu de course où nous
avons fait un choix d’itinéraire en VTT qui nous a pénalisé. Pensant jouer la
sécurité en choisissant un itinéraire tracé sur la carte nous nous sommes
retrouvés à porter nos vélos pendant 3h pour ressortir d’un vallon. Mais nous
n’avons pas été les plus malheureux dans ce choix puisque nos poursuivants
Planète tonique et d’autres équipes vont passer une bonne partie de la nuit à
« jardiner » et vont finalement attendre le matin pour sortir de ce
que tout le monde s’est accordé pour appeler le « vallon de la
mort »… Cette épreuve nous ayant bien « entamés » physiquement
et mentalement, il nous a fallu quelques heures de pédalage pour oublier cet
épisode et nous remettre dans la course. C’est le retour du jour et la vision
d’un nouveau panorama à nous couper le souffle qui nous a donné un sursaut
d’envie. La surprise du raid est intervenue quelques kilomètres plus loin
lorsque Jeff Hunt nous annonce qu’une assistance supplémentaire a été
organisée. Ca n’a pas été du luxe étant donnés l’état d’épuisement de la
plupart des équipes ayant déjà passé 2 jours et 2 nuits sans rencontrer âme qui
vive et la difficulté à trouver de l’eau et à manger sur la route.
Après une fin de journée
dans le canyon et la nuit entière dans les gorges du Verdon, l’épuisement nous
a obligés à nous effondrer de sommeil, allongés sur les cailloux du chemin. Ce
repos sensé nous a permis d’avoir les idées claires et l’esprit vigilent
lorsque nous avons attaqué à pieds et à vive allure le sentier périlleux qui
rejoignait la partie aérienne de la course. La sortie des gorges s’est donc
faite donc par une remontée sur corde de 70m puis un enchainement de via corda
pour rejoindre un sentier surplombant le Verdon. Dans la précipitation, au
milieu de la falaise, nous avons quitté la voie prévue et nous sommes retrouvés
sur une ancienne via corda avec un équipement carrément incertain. L’itinéraire
retrouvé, il nous a fallu courir les 3 heures suivantes sans eau, en plein
soleil. Un rappel somptueux avalé et nous nous jetons dans l’eau du Verdon, y
étanchons notre soif, en rejoignant à la nage nos kayaks. A l’assistance
Manuella et Alex s’activaient et commençaient déjà à prendre des cheveux blancs
en nous attendant. Ils ont été soulagés de nous voir pointer nos mines
fatiguées et nous voir repartir à cheval avant la porte horaire. Nous savions à
ce moment que nos poursuivants ne pourraient pas revenir sur nous, mais que la
première place s’envolait également.
La dernière section nous
a paru interminable : pas moins de 16 heures de kayak et de lutte contre
la fatigue écrasante pour parcourir les 80 kilomètres nous séparant de
l’embouchure de l’Argens !
Au bilan, seulement 2
équipes ont réalisé le parcours dans son intégralité. Nous finissons à 5h des
Quechua, qui ont maitrisé la course du début à la fin, grâce à leurs ressources
physiques et leurs qualités techniques. Planète tonique complète le podium
après une lutte serrée pour la 3ième place jusqu’au dernier
kilomètre.
Un moment fort de chacun
des protagonistes de Cateye Outdoor
Experience sur cette belle expérience partagée :
ü Manue : « Je suis
inquiète des séquelles psychologique qu’un tel raid peut engendrer, notamment
sur nos assistants. Deux nuits après l’arrivée vers 3h du matin j’ai été
réveillée en pleine nuit par Manuella me
hurlant de descendre les kayaks avant qu’ « ils » arrivent. Je
sais ce qui m’a fait plus mal aux abdos, les 80km de kayak ou le fou rire qui a
suivi cette injonction de Manuella… »
ü Vincent : « Le festival de
chute de Manue lors du 1er VTT restera
dans nos mémoires. 1ère chute : on est inquiète, on va la voir
pour l’aider puis une 2ème, 3ème… Au bout de la 6ème,
les garçons de l’équipe de réagissent même plus et se disent « bon Manue t’arrête de te faire remarquer maintenant, on sais que tu es là » alors que celle ci est 3m plus bas
dans le ravin… »
ü Markus : « Je suis bien
content d’en avoir fini avec ces 70 mètres de remontée de corde en fil
d’araignée dans le cadre magnifique du Verdon. Confortablement assis sur une
bonne vire, je me risque enfin à contempler le paysage… une petite sieste, 3
chocolats… un peu d’eau puis voilà Jan qui débarque. Re-sieste, chocolats,
paysage et voilà enfin Vincent. Nous pensons avoir le temps de nous poser quelques
minutes, mais à peine assis voilà Manue qui a déjà
fini sa remontée de corde en 8 minutes à peine ! Manue,
t’as pris un autre chemin ?!?
ü Jan : « Si je devais
retenir qu’une seule image du raid, ce serait celle-ci : avant-dernière
nuit de course, Manue assise dans le kayak, calme, le
visage serein. Devant, un passage technique avec des arbres et des branches
dans tous les sens. Derrière, Markus qui retient le kayak (et donc Manue) avec une simple sangle. En théorie se passage était
censé être un portage et on aurait du faire un gros détours
avec nos lourds kayak. Mais Markus voyait la chose autrement et en passant à
travers cette chute nous a fait gagner pas mal de temps et d’énergie.
Personnellement jamais j’aurais eu une idée pareille. J’ai tranquillement
contourné la chute par la berge en regardant Manue qui se retournait même pas pour voir si Markus avait la
situation bien en main. Là je me suis dit : elle est vraiment incroyable
cette fille.
ü Manuela : ‘’un souvenir : le
plus beau point d’assistance, non seulement pour moi mais aussi, je pense, pour
les coureurs qui ne s’attendaient pas à nous y voir. Ce lieu c’est non pas
‘’l’Hermitage’’ mais Chateauneuf de Moustier, village
en ruine. Il nous a été alors permis d’admirer un panorama magnifique. Cette journée
fût longue, belle, ensoleillée et surtout émouvante : que c’est beau 4
coureurs apparaissants sur des crêtes et descendants en notre direction pour
pouvoir remplir estomac et gourde avant de repartir pour un nouveau périple.’’
ü Alex : « Pendant les 1ères
heures du raid, je me serais bien vu à leur place. Plus le temps passait, moins
j’en avais envie. Jusqu’à penser, les derniers jours, qu’il fallait être
carrément timbré pour courir avec des pieds dans cet état, avec une telle
fatigue musculaire, et résister à l’endormissement à ce point. Je crois qu’on
n’est pas du même monde en fait ! En tout cas nos protégés nous ont fait
vibrer jusqu’à la dernière journée, entre les portes horaires à attraper, les
Quechua qui perdaient du terrain en kayak avec un bateau cassé et leur
arrêt nocturne obligé. Que d’émotions !»